( Jean-Simon Gagné -
Le Soleil ) -
(Québec) - 2008. L'année de la dégringolade boursière. L'année de la crise. L'année des chiffres vertigineux. L'année où nous avons finalement appris qu'un billion de dollars, cela s'écrit avec 12 zéros.
A comme Athènes
Des émeutes viennent de secouer plusieurs villes grecques, en particulier Athènes. Les manifestants dénonçaient la corruption et l'absence de perspectives économiques. En vedette : la génération à «600 euros par mois» dont le représentant typique est âgé de 30 ans. Il navigue de contrats sans lendemain en petits boulots précaires. Pour lui, l'avenir ressemble à un abîme noir.
B comme bévue
L'agence Bloomberg mérite la palme pour avoir annoncé la mort de Steve Jobs, le pdg fondateur de la société Apple. Ce qui a permis à M. Jobs de recycler la réplique fameuse de Mark Twain : «La nouvelle de ma mort a été grandement exagérée.»
C comme clémence
En juin, la Cour suprême des États-Unis a jugé «excessifs» les 2,5 milliards $ de dommages punitifs imposés à ExxonMobil, relativement à la marée noire de l'Exxon Valdez, en 1989. Bon prince, le tribunal a ramené la facture à 500 millions $. Gonflée à bloc par cette économie de 2 milliards $, Exxon a ensuite déclaré des profits de 14,8 milliards $ rien que pour le troisième trimestre de 2008.
D comme déficit
À travers le Canada, le «déficit» avait été banni du vocabulaire. Parfois, il avait été déclaré illégal. Mais le vilain effectue un retour triomphal. En octobre, durant la campagne électorale fédérale, le ministre des Finances, Jim Flaherty, tablait sur un surplus budgétaire de quelques milliards de dollars. En novembre, il évoquait un excédent de 800 millions $. Il table maintenant sur un déficit de 30 milliards $, peut-être plus.
E comme étincelle
La crise couvait. Aux États-Unis, la multiplication des prêts hypothécaires farfelus constituait une bombe à retardement. Mais c'est la faillite de Lehman Brothers, la cinquième banque du monde, le 15 septembre, qui a déclenché la panique. «La décision de laisser couler Lehman visait à restaurer une certaine discipline sur les marchés, en montrant que toutes les grandes sociétés ne seraient pas sauvées, a expliqué un haut fonctionnaire de la Réserve fédérale américaine. Paradoxalement (la faillite a été si catastrophique que) depuis ce temps, toutes les grandes compagnies en difficulté ont bénéficié d'un plan de sauvetage, avec l'argent des contribuables.»
F comme fraude
Peut-être la plus grande fraude de l'histoire. Bernard Madoff aurait soutiré 50 milliards $ à des clients, grâce à une structure pyramidale. Reste à savoir où est passé l'argent. Et qui sont les complices. Déjà, le gendarme de la Bourse américaine, la Securities and Exchange Commission (SEC), se trouve au banc des accusés. Non seulement la SEC n'a rien vu venir, mais elle a fait siéger Madoff à son comité pour la transparence de l'information donnée aux marchés! Le renard participait à la supervision du système d'alarme du poulailler!
G comme General Motors
Cet automne, pour convaincre l'Amérique de voler à son secours, General Motors voulait montrer qu'elle faisait sa part. Des usines ont été fermées. Des milliers de travailleurs ont été congédiés. Dans ses usines, GM a même cessé de remplacer les piles des horloges. Souvent, les ascenseurs ne fonctionnent plus après 19h.
Tout s'est effondré quand on a appris que le pdg, Rick Wagoner, s'était rendu en jet privé à Washington pour quémander des milliards du gouvernement. «C'est comme un gars qui se présente à la soupe populaire en tuxedo», a résumé un élu de l'État de New York.
H comme histoire
L'attrait de la spéculation est souvent comparé à l'étrange relation qui unissait un magicien et un perroquet, sur un navire de croisière. Tôt ou tard, l'oiseau tombe dans le panneau.
Tous les soirs, le magicien donnait un spectacle pour les vacanciers, sous l'oeil attentif du perroquet. Comme l'audience n'était jamais la même, il répétait chaque soir les mêmes tours.
À la fin, le perroquet connaissait tous les trucs. Et il les expliquait à voix haute à l'assistance.
- Regardez, mesdames et messieurs, il a placé les fleurs sous la table.
- Demandez-lui pourquoi toutes les cartes du paquet sont des As.
Le magicien était furieux. Mais comme le perroquet appartenait au capitaine du navire, il ne pouvait rien faire.
Or, il advint que le bateau fit naufrage. Le perroquet et le magicien se retrouvèrent accrochés à la même pièce de bois.
Pendant deux jours, ils dérivèrent en se dévisageant avec haine. Puis finalement, n'y tenant plus, le perroquet s'exclama :
- D'accord, je donne ma langue au chat. Où as-tu mis le bateau?
I comme Islande
Est-ce qu'un pays peut faire faillite? C'est la question qui tenaille l'Islande, pays nordique de 320 000 habitants. Faisant face à une débâcle financière sans précédent, l'Islande a nationalisé en catastrophe ses principales banques, dont les dettes représentaient 12 fois le produit national brut du pays. En l'espace de quelques mois, la couronne islandaise a perdu 60 % de sa valeur. «Et ce n'est qu'un début», a dit le premier ministre.
J comme jargon
Théoriquement, un pays connaît une récession économique lorsque son produit intérieur brut diminue durant deux trimestres consécutifs. C'est dire que vous pouvez y être entré avant même que cela soit devenu officiel, et que vous pouvez en être ressorti avant qu'on vous l'annonce. En décembre, le National Bureau of Economic Research américain a finalement publié une analyse qui confirmait que les États-Unis sont entrés en récession en... décembre 2007.
K comme dans krach
Depuis octobre 2007, l'indice Dow Jones a perdu 44 % de sa valeur. En tout, quelque 7,6 milliards $ se sont volatilisés. Les optimistes espèrent que les Bourses récupèrent aussi vite qu'après les dégringolades de 1987 et de 2001. N'importe quoi plutôt que 1929. Les Bourses avaient mis trois ans avant de toucher le fond. Et elles n'avaient pas repris le terrain perdu avant... 1954.
L comme luxe
La crise? Quelle crise? Dans le quartier londonien de Piccadily, le panier de Noël le plus cher du monde, le Snow Queen, se vend 38 000 $. À ce prix, on vous garantit des magnums de Château Margaux et de champagne Veuve Cliquot, en plus d'un kilo de foie gras et de quatre livres de caviar.
M comme métaphore
«En 2008, l'économie américaine ressemblait à un chat coincé sur un toit brûlant et très aminci, dont la situation était rendue encore plus précaire par le fait qu'il avait déjà utilisé huit de ses neuf vies», a proposé Stuart Hoffman, économiste en chef des services financiers PNC.
N comme Nobel
Un commentaire de l'économiste Paul Krungman, Prix Nobel de l'économie, en 2008.
«(...) La différence (avec les récessions de 1991 et de 2001), c'est qu'à l'époque, la réponse standard à la faiblesse de l'économie - une baisse des taux d'intérêt par la Réserve fédérale - était possible. Or, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Le taux directeur (...) avoisine les 0,3 %. Il n'y a plus rien à couper.
Comme il n'est plus possible d'abaisser davantage les taux d'intérêt, rien ne peut stopper le mouvement descendant de l'économie. L'augmentation du chômage va provoquer une nouvelle baisse de la consommation (...). La faible consommation va entraîner d'autres coupes sombres dans les plans d'investissement. Et l'affaiblissement général de l'économie va déboucher sur d'autres mises à pied, poussant encore plus loin le cycle de contraction.»
O comme Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP)
L'OPEP a-t-elle perdu le contrôle? Pour enrayer la dégringolade des cours du pétrole, les 13 membres du cartel ont décidé de réduire leur production de 2,2 millions de barils par jour. Mais plus personne ne semble croire que les membres de l'OPEP vont se discipliner. Sans compter que la Russie, le deuxième producteur mondial, fait bande à part. Après avoir atteint 147 $, le prix du baril de pétrole est descendu sous les 40 $. L'an prochain, même l'Arabie Saoudite prévoit un déficit budgétaire de 17,3 milliards $, après un surplus de 157 milliards $, en 2008.
P comme prédiction
En mai 2008, le pdg de Merrill Lynch, John Thain, voyait la vie en rose : «Les problèmes existent. Mais pour l'essentiel, ils sont derrière nous.» Deux mois plus tard, Merryl Lynch avait perdu 51,8 milliards $.
Q comme Québec
Le gouvernement Charest continue de s'accrocher à la possibilité que le pire de la crise épargne le Québec. «Les fondements de notre économie sont solides», a déclaré M. Charest. Ah, oui? George W. Bush, John McCain et Barack Obama disaient la même chose, presque mot pour mot, il y a quelques mois.
R comme recherché
Le plan de sauvetage de 700 milliards $, adopté par le Congrès américain en octobre, a connu un lent départ... à cause d'une pénurie de personnel. À la fin novembre, le plan était administré par une quarantaine d'employés, soit la moitié du personnel nécessaire. Quant à savoir pourquoi il a été fixé à 700 milliards $, un porte-parole du département du Trésor n'a pas fait de mystère. «Nous voulions seulement un vrai gros chiffre», a-t-il confié au magazine Forbes.
S comme swap
Le magazine Newsweek a comparé les swaps à «un monstre qui aurait avalé Wall Street». Dans les faits, les swaps sur défaillance de crédit constituent une assurance qui ne veut pas dire son nom, un contrat permettant de garantir des prêts douteux. À mi-chemin entre le pari et l'investissement, ce «produit financier» a fini par représenter un marché colossal de 62 000 milliards $!
T comme Tolkien
Les boursicoteurs ont emprunté leur citation fétiche de cette année au Seigneur des anneaux, de J. R. Tolkien.
- J'aurais préféré que tout cela n'arrive pas en mon temps, se désole le hobbit Frodon.
- Moi aussi, lui répond le magicien Gandalf. Et c'est la même chose pour tous nos contemporains. Mais ce n'est pas à nous de décider. La seule chose qui nous appartient, c'est ce que nous allons faire avec le temps qui nous est donné.
U comme dans un air de déjà-vu
«Au cours de la dernière année, notre industrie automobile a connu une baisse dramatique de ses ventes et de ses profits. Elle a dû procéder à des mises à pied massives, en plus d'avoir à composer avec une concurrence étrangère accrue. (...) Les changements dans les préférences des consommateurs - vers des véhicules plus petits et plus économes en carburant - apparaissent permanents. L'industrie devra investir des sommes considérables pour produire les véhicules que le public veut désormais.»
Vous croyez que ce discours du secrétaire américain aux Transports a été prononcé cet automne? Détrompez-vous. Il date de... 1980.
V comme vraie grande crise
Cessez d'évoquer le spectre de la crise de 1929. L'historien américain Scott Reynolds Nelson, interviewé récemment par Le Devoir, suggère plutôt de regarder du côté de 1873, parfois surnommée la «vraie grande crise». Encore une fois, tout commence avec des prêts hypothécaires trop faciles à obtenir. Dans les grandes capitales, le marché de l'immobilier explose. «Les emprunteurs cupides accumulent les emprunts, se servant d'édifices non construits ou inachevés comme garanties», explique l'historien. En septembre 1873, les Bourses s'effondrent. «La panique dure pendant quatre ans aux États-Unis et pendant six ans en Europe», conclut Nelson.
W comme Woolworths
La chaîne de magasins britannique meurt à 100 ans. Le quotidien The Guardian a rédigé cet éloge funèbre peu flatteur. «Soyons clair. La chute de Woolworths n'a pas été causée par (...) la crise financière. (...) Il s'agissait d'un endroit horrible pour magasiner, qui n'offrait rien qu'on ne puisse trouver en mieux ou en moins cher quelque part ailleurs.»
X comme Xinhua
Rompant avec sa langue de bois habituelle, l'agence officielle chinoise Xinhua a prévenu que la Chine traverse une période de turbulences. Elle estime que 6,5 millions de travailleurs migrants se trouveront sans emplois à travers la Chine, l'an prochain. Une situation explosive pour «l'usine du monde», qui assurait jusqu'à récemment 12 % des exportations mondiales de produits manufacturés.
Y comme yen
Le yen, la monnaie japonaise, vient d'atteindre son plus haut niveau en 13 ans par rapport au dollar. Même chose pour l'euro.
Devant le plongeon du billet vert, on craint désormais une crise des taux de change. Pas moins de 62,4 % des réserves des banques centrales du monde sont en effet constituées de devises américaines. Comme disait un ancien secrétaire américain au Trésor : «Le dollar est notre devise, mais c'est votre problème.»
Z comme Zimbabwe
Avant même la crise financière, le Zimbabwe avait touché le fond. En juillet, le taux d'inflation y atteignait 231 millions pour cent. Sans doute un record depuis l'invention de la monnaie.
Depuis quelques années, pour simplifier les choses, le pays retranche 13 zéros sur ses billets de banque. Cet été, un nouveau billet de 100 milliards de dollars a été imprimé. En y ajoutant les zéros manquants, cela représente... attendez... Oh, et puis zut! laissez tomber.
Publié par : Marcel Charland
à 05:49:02
Permalien
Comments :
Catégories :